- Pourquoi avoir choisi le gris comme couleur de fond pour ton site? Ce n'est pas un peu terne comme couleur?
- Oui, je sais. Je tenais beaucoup à ce que rien n'interfère visuellement entre les mots apparaissant à l'écran et la personne qui les regarde. Seulement des mots et ce qu'ils évoquent. Un mot, des milliers d'images!
- Des milliers d'images, bref... tout un monde!
- D'où le nom de mon site.
- Pourquoi ne pas l'avoir expliqué?
- Ce n'était pas nécessaire pour apprécier ce que je présente.
... que l'intellect remplace l'œil. Faire du cerveau une simple structure percevant ce qui est "vu" vers des zones de résonnement encore plus profondes de l'homme. Faire du cerveau quelque chose comme la rétine du cœur.
- Il y a quand même le risque d'être mal interprété, que cela engendre de la confusion.
- Je l'espère bien!
- Au lieu d'éclaircir, tout rendre flou.
- Quand on a de bonnes lunettes, la brume finit toujours par se dissiper.
- Et on se retrouve alors en plein milieu de l'océan! Une mer de confusion.
- Être un peu mélangé n'a jamais perdu personne et puis, qui peut prétendre sérieusement marcher sur la terre ferme?
Qu'est-ce que le réel? Est-ce ce qu'on touche, ce qu'on voit, ce qu'on ressent? Si je t'écrase un orteil, ça va te faire mal. Ça, c'est le réel. Pour le reste, pour tout ce qui se rapporte à l'interprétation de nos perceptions de base, une grande partie n'est qu'un réel qu'on s'est inventé.
- Un réel de circonstance.
- Et le réel qu'on s'est inventé est bien pauvre.
- Il a ses avantages.
- Ah oui, lesquels?
- C'est un peu comme notre base commune... notre plus petit dénominateur commun.
- Ce sur quoi on se divise tous!
- Ah, ah, ah!
- Les fleurs sont belles...
- Cela me fait penser que j'ai terminé une nouvelle œuvre.
... J'y parle des tournesols de Van Gogh, je les montre d'une façon différente. À date, je pense que c'est mon œuvre la plus achevée. En fait, c'est plutôt comique à dire, parce que finalement, pour chacune de mes œuvres, je crois bien que j'ai dit la même chose.
Elle est tellement belle...
Des fois, j'aurais le goût d'écrire simplement pour le plaisir de voir des mots se frotter les uns aux autres. Pas de cadre strict, pas de genre littéraire à respecter, pas de poésie ni de littérature ou d'essai et encore moins, de philosophie. Simplement du texte, des choses qui ne riment à rien et qui ne mènent nulle part. Des mots qui disparaîtraient parfois au gré de mes innombrables réécritures.
Des mots du quotidien.
Des mots qu'on se marmonne tout bas et dont, bien souvent, on ne fait plus de cas. Non, ce n'est pas les mots qui se frotteraient entre eux. Dans un geste primitif et comme oublié, c'est moi qui cognerait ces mots les uns contre les autres dans le secret espoir d'y voir jaillir une étincelle qui me réchaufferait. J'inventerais alors des conversations sans queue ni tête, des conversations où tout se confond et où, sans même s'en rendre compte, on se retrouve, pouf, de l'autre côté...
... de ce côté sans haut ni bas, où le ciel est sous nos pieds et où le cœur et tout le reste flottent comme pour l'éternité dans une apesanteur
qui apaise...
- Il fait beau cet après-midi.
- Dans ses Oiseaux, Saint-John Perse a épilogué sur ce qu'il appelait "la plus large strophe errante se déroulant sans cesse devant nous". Cette lumière, cette Voie Lactée sur fond d'encre noir où scintillent nos nuits. Oui, simplement, une strophe. Celle qu'on devine parfois lors d'une intuition gênante comme si on venait, tout d'un coup, de voir quelque chose qu'on n'aurait pas dû voir.
Une étrange poésie aux mots encore plus étranges et pourtant, familiers...
On ne peut en comprendre que quelques bribes, mais alors, on y puise une telle joie...
... que dire de plus? L'espoir, seulement l'espoir de pouvoir lire un jour quelque chose de tellement beau et avec tant de niveaux de lecture enchâssés les uns dans les autres que,
de ravissement, tout simplement, nous brûlions alors complètement dans un infini sourire.
- Celui de la Joconde.
- Pourquoi pas!
D'en être...
- Et d'en naître...
- Oui...
- Tout un monde!
-Oui...
: o ) : o )
À suivre...
Mais suivre quoi?
- Ou qui? Soi-même?
Dans son inefficacité, l'architecture partage avec le jardinage une certaine chute du sublime au ridicule: un intérêt pour les poignées de porte ou les moulures de plafond n'apparaîtra pas moins digne de moquerie qu'un intérêt pour la croissance de rosiers ou de plants de lavande. Il est pardonnable de conclure qu'il doit y avoir de plus nobles causes auxquelles des êtres humains peuvent se consacrer,
Cependant, après avoir subi quelques-unes des épreuves les plus pénibles qui affectent la vie sentimentale et sociale, il arrive que nous parvenions à une évaluation plus charitable de l'importance de la beauté - d'îlots de perfection dans lesquels nous trouvons un écho d'un idéal auquel nous avions espéré pouvoir prétendre indéfiniment. Sans doute faut-il que la vie se montre à nous sous certains de ses aspects authentiquement tragiques pour que nous devenions réellement sensibles à ses offrandes visuelles les plus subtiles, qu'elles prennent la forme d'une tapisserie ou d'une colonne corinthienne, d'une ardoise ou d'une lampe. Ce ne sont généralement pas les jeunes couples d'amoureux qui s'arrêtent pour admirer un mur de brique usé par les intempéries ou l'élégance d'une rampe descendant vers un vestibule, une indifférence à une beauté aussi circonscrite étant le corollaire d'une croyance optimiste à la possibilité d'atteindre une sorte de bonheur plus viscéral et définitif.
Sans doute faut-il qu'une marque indélébile ait été faite sur notre vie, que nous ayons épousé la mauvaise personne, poursuivi trop longtemps une carrière insatisfaisante ou perdu un être aimé pour que l'architecture puisse commencer à avoir un impact perceptible sur nous, car lorsqu'on se dit "ému" par un édifice, on fait allusion à un sentiment doux-amer de contraste entre les nobles qualités conférées à une structure et la plus large et triste réalité dans laquelle on sait qu'elles existent. Si on a la gorge qui se noue à la vue de la beauté, c'est parce qu'on sait implicitement que le bonheur qu'elle évoque est l'exception.
Alain de Botton, L'architecture du bonheur
- Je suis.
Il y a dans ces mots bien plus qu'un simple constat existentiel. Un peu comme si, dans cet autre sens que peut prendre les mots "je suis" tout ce "à suivre" qui n'était pas encore en nous participait déjà à notre réalité....
- Les grands espaces dont on rêve et qu'on devine...
- Ou encore la frise des jupes des balcons...
- Ou tous ces chemins qui sont là...
Mais pour aller où?
- Toujours aller plus loin vers soi-même, même jusqu'au bout du monde?
- Pour chaque question, mille réponses.
- Et pour chaque réponse, mille nouvelles questions avec son lot de "À suivre".
![]()
![]()
![]()
À suivre...
En marchant 1 - En marchant 2 - En marchant 3 - En marchant 4 - En marchant 5 - En marchant 6 - En marchant 7 - En marchant 8
En marchant 9 - En marchant 10 - En marchant 11 - En marchant 12